portage salarial vs microentreprise vs sasu

Vous avez décroché votre première mission de consulting. Ou vous projetez de quitter votre CDI pour vous mettre à votre compte. Avant même de facturer votre premier client, une question structurante s'impose. Quel statut juridique adopter pour exercer votre activité de consultant indépendant ?

Trois options dominent le marché en 2026 : la micro-entreprise, la SASU et le portage salarial. Chacune répond à un profil précis. Chacune produit un revenu net différent. Et chacune comporte des pièges qu'il vaut mieux connaître avant de signer. Voici le comparatif complet, avec un cas chiffré identique appliqué aux trois statuts pour rendre la décision concrète.

Les trois statuts en bref

Avant le comparatif détaillé, fixons rapidement les définitions. Trois logiques radicalement différentes se cachent derrière ces trois statuts.

La micro-entreprise : simplicité maximale, plafonds restrictifs

Anciennement appelée auto-entreprise, la micro-entreprise est un régime simplifié dédié aux activités à faible chiffre d'affaires. Les obligations comptables sont allégées (livre des recettes, registre des achats), les cotisations sociales sont calculées en pourcentage du CA encaissé (21,2 % en 2026 pour les prestations de services BNC). Pas de TVA jusqu'à 37 500 euros de CA, pas de bilan comptable, déclarations URSSAF mensuelles ou trimestrielles.

Plafond de CA fixé à 83 600 euros par an en 2026 pour les prestations de services. Au-delà, la micro-entreprise n'est plus possible et il faut changer de statut. 

A savoir : Pour conserver le régime micro-entreprise en 2026, il ne faut pas avoir dépassé les plafonds de chiffre d’affaires durant les deux années civiles précédentes. En cas de dépassement sur deux années consécutives, le passage au régime réel devient automatique. En revanche, un dépassement ponctuel sur une seule année ne remet pas immédiatement en cause le régime micro, qui reste applicable l’année suivante.

La SASU : société à associé unique, structure flexible

La SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) est une véritable société, avec son capital, ses statuts et son bilan annuel. Le consultant est président et associé unique. Le statut social est celui d'assimilé-salarié, ce qui ouvre droit à une protection sociale équivalente à celle d'un cadre salarié (hors chômage). En contrepartie, les cotisations sont élevées.

Avantage principal de la SASU : la possibilité de se rémunérer en partie en dividendes, soumis au PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique) à 30 %, ce qui peut optimiser fortement le revenu net pour les CA élevés. Inconvénient : la gestion administrative est lourde (bilan annuel obligatoire, expert-comptable quasi-indispensable).

Le portage salarial : indépendant avec la sécurité du salarié

Solution hybride apparue dans les années 1980 et encadrée par l'Ordonnance n°2015-380, le portage salarial place le consultant dans une relation tripartite. Vous prospectez et négociez vos missions directement avec vos clients. C'est la société de portage qui vous emploie en CDI ou CDD et qui facture le client. Vous percevez un salaire mensuel, avec fiche de paie, congés payés, mutuelle d'entreprise et droits au chômage.

Frais de gestion prélevés par la société de portage : 2,5 à 10 % du chiffre d'affaires selon les acteurs. Aucun plafond de CA, aucune création d'entreprise nécessaire, démarches administratives intégralement prises en charge par la société de portage.

Comparatif détaillé des trois statuts en 8 critères

Voici la grille de synthèse qui résume les forces et faiblesses de chaque statut sur les huit critères qui comptent vraiment.

Critère

Micro-entreprise

SASU

Portage salarial

Plafond CA

83 600€/an

Aucun plafond

Aucun plafond

Cotisations sociales

21,2 % du CA

~65 % du salaire net

~50 % du CA après frais

Charges administratives

Très simplifiées

Lourdes (bilan, IS)

Aucune (déléguées)

Frais de gestion

Aucun

Expert-comptable 1500-3000 €/an

2,5 à 10 % du CA

Déductibilité des frais

Non (forfait)

Oui, illimitée

Oui, encadrée

Protection sociale

Limitée

Complète sauf chômage

Complète (chômage compris)

Droit aux allocations chômage

Non

Non (sauf salaire)

Oui

Crédibilité commerciale

Moyenne

Forte

Forte

Aucun statut n'est universellement meilleur. Le choix dépend de votre profil, de votre niveau de chiffre d'affaires et de vos priorités personnelles. Place au cas chiffré pour rendre la comparaison concrète.

Le cas chiffré : un consultant IT à 108 000 euros de CA annuel

Pour comparer objectivement les trois statuts, prenons un consultant IT qui facture 600 euros par jour, travaillé 15 jours par mois en moyenne et génère 9 000 euros de CA mensuel, soit 108 000 euros annuels hors taxes.

En micro-entreprise (statut impossible au-delà de 83 600 €)

Avec 108 000 € de CA, le consultant dépasse largement le plafond de la micro-entreprise fixé à 83 600 € en 2026. Il peut toutefois conserver le régime micro si ce dépassement n’est constaté que sur une seule année. En revanche, si le plafond est dépassé deux années consécutives, il sortira automatiquement du régime

Si l’on retient le plafond maximal autorisé de 83 600 €, les prélèvements sont les suivants :

  • Cotisations sociales : 21,2 %
  • Contribution à la formation professionnelle : 0,2 %
  • Versement libératoire de l’impôt sur le revenu : 2,2 % (si éligible)

Après ces prélèvements, le revenu disponible est d’environ 63 870 € par an, soit près de 5 320 € par mois.

En contrepartie, le régime micro ne permet pas de déduire les frais professionnels réels et offre une protection sociale plus limitée qu’un statut salarié ou assimilé salarié. Le consultant ne bénéficie notamment pas de l’assurance chômage et devra construire lui-même sa protection complémentaire et sa retraite supplémentaire.

En SASU avec stratégie salaire + dividendes

Pour 108 000 € de chiffre d’affaires, la SASU est souvent un bon compromis entre optimisation, protection sociale et capacité à déduire ses frais.

Une stratégie classique consiste à combiner un salaire et des dividendes. Avec une rémunération brute d’environ 36 000 € par an (3 000 € bruts par mois), le dirigeant bénéficie de la protection sociale du régime général, valide ses trimestres de retraite et conserve une rémunération régulière.

Après prise en compte du salaire, des charges sociales et des éventuels frais professionnels, le bénéfice restant est soumis à l’impôt sur les sociétés. La part éligible bénéficie du taux réduit de 15 %, puis le solde est taxé au taux normal.

Le résultat net peut ensuite être distribué sous forme de dividendes, soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %.

Au final, pour un consultant réalisant 108 000 € de CA, le revenu net annuel cumulé (salaire + dividendes) se situe généralement entre 55 000 € et 65 000 €, selon le niveau de frais professionnels et l’arbitrage retenu entre rémunération et distribution.

Le principal avantage de la SASU reste la déduction des frais réels : matériel informatique, logiciels, déplacements, formations, coworking, marketing ou encore honoraires comptables. Plus ces dépenses sont importantes, plus la SASU devient intéressante par rapport à la micro-entreprise.

En portage salarial avec frais de gestion à 5 %

Pour les mêmes 108 000 euros de CA en portage, calcul détaillé. Frais de gestion société de portage à 5 % : 5 400 euros déduits. Frais professionnels remboursés (estimation 6 000 euros/an pour matériel, déplacements, formation) sans cotisations sociales : 6 000 euros nets.

Sur la masse salariale restante (96 600 euros), cotisations sociales totales (salariales + patronales) : environ 48 300 euros. Salaire net annuel : environ 48 300 euros, soit 4 025 euros par mois. Plus l'optimisation par frais professionnels (équivalent net) et l'accès aux droits chômage en fin de mission.

Le montant exact dépend du taux de frais de gestion appliqué et du niveau d'optimisation pratiqué par la société de portage. Certains acteurs comme Portad proposent des frais de gestion réduits à 2,5 % ou 4 %, ce qui améliore sensiblement le net final. Pour obtenir une simulation personnalisée précise selon votre TJM et vos frais professionnels en portage salarial avec Portad, l'expert établit un bulletin de paie projeté en 15 minutes lors d'un rendez-vous de présentation, avec toutes les optimisations légales activées.

La méthode en 5 questions pour trancher

Au-delà du revenu net, cinq questions vont déterminer le bon statut pour votre profil. Posez-vous-les dans l'ordre.

Question 1 : Quel est votre CA prévisionnel sur 12 mois ?

Moins de 30 000 euros : la micro-entreprise reste l'option la plus simple et économique. Entre 30 000 et 77 700 euros : la micro-entreprise est jouable. Le portage salarial devient compétitif si vous avez beaucoup de frais professionnels. Au-delà de 77 700 euros : la micro-entreprise est exclue, le choix se joue entre SASU et portage.

Question 2 : Avez-vous besoin de la protection sociale du salarié ?

Si vous dépendez à 100 % de vos revenus d'indépendant (pas de conjoint salarié, pas d'épargne de sécurité, crédit immobilier en cours, enfants à charge), la protection sociale du portage salarial est précieuse. Chômage en cas de fin de mission, indemnités journalières en cas d'arrêt maladie, mutuelle d'entreprise. La SASU n'offre pas le chômage, la micro-entreprise offre une protection très limitée.

Question 3 : Combien de temps voulez-vous consacrer à l'administratif ?

La micro-entreprise demande 1 à 2 heures par mois (déclarations URSSAF). La SASU exige 1 à 3 jours par an si vous avez un expert-comptable, beaucoup plus sans. Le portage salarial : zéro administratif côté consultant, tout est délégué à la société de portage.

Question 4 : Quel est votre niveau de frais professionnels réels ?

Si vos frais professionnels réels (logiciels, matériel, déplacements, formation) dépassent 10 % de votre CA, la micro-entreprise devient pénalisante car elle applique un forfait de charges plutôt que la déductibilité réelle. SASU et portage permettent tous deux de déduire les frais professionnels, avec un meilleur encadrement légal côté portage.

Question 5 : Avez-vous une stratégie patrimoniale et fiscale long terme ?

La SASU est le seul statut qui permet une véritable optimisation patrimoniale via les dividendes, la trésorerie d'entreprise et l'investissement immobilier en SCI à l'IS. Si vous prévoyez de gagner plus de 100 000 euros annuels pendant 5 à 10 ans, la SASU peut représenter 30 000 à 50 000 euros d'économie cumulée sur la durée comparée au portage.

Quatre profils types et leur recommandation

Pour rendre la décision plus concrète, voici quatre profils consultants réels avec la recommandation tranchée.

Profil 1 : Maxime, 28 ans, lance son activité de consultant marketing

Premier départ en indépendance après 4 ans de salariat. CA prévisionnel année 1 : 25 000 à 35 000 euros. Peu de frais professionnels. Pas d'épargne de sécurité. Notre recommandation : micro-entreprise la première année pour tester l'activité avec un minimum de risque administratif, puis basculer en portage ou SASU en année 2 si le CA décolle.

Profil 2 : Sarah, 38 ans, consultante RH après licenciement économique

Vient de toucher des indemnités chômage. Mission ferme de 6 mois à 600 euros/jour avec une grande PME. Veut sécuriser son retour à l'emploi en cas de fin de mission. Notre recommandation : portage salarial sans hésiter. Elle cumule allocations chômage et salaire portage la première année. Elle conserve ses droits Pôle Emploi. Elle bénéficie de la sécurité totale.

Profil 3 : David, 45 ans, consultant IT senior à 700 euros/jour

CA stable depuis 5 ans à 130 000 euros annuels. Famille avec deux enfants. Frais professionnels élevés (matériel, déplacements, formations). Préfère l'autonomie totale et accepte la gestion administrative. Notre recommandation : SASU avec stratégie salaire optimisé + dividendes. Économie estimée 8 000 à 12 000 euros par an comparé au portage sur ce niveau de CA.

Profil 4 : Caroline, 52 ans, ex-DRH en management de transition

Missions ponctuelles de 3 à 6 mois entre périodes d'intercontrat. CA variable de 80 000 à 120 000 euros selon les années. Veut éviter toute charge administrative et conserver une couverture chômage. Notre recommandation : portage salarial avec une société qui pratique le lissage de revenus. Stabilité du salaire mensuel garantie, indemnités chômage activables en intercontrat long.

Les pièges à connaître en 2026

Trois évolutions réglementaires récentes peuvent modifier votre arbitrage en 2026. Mieux vaut les intégrer dans votre réflexion.

La hausse des cotisations URSSAF micro-entrepreneurs. Depuis 2024, le taux est passé de 22 % à 21,2 % pour les BNC. Cependant, les professions libérales non réglementées sont passées progressivement à 26,1 % d'ici 2026. Si vous êtes consultant en profession libérale, vérifiez précisément votre catégorie URSSAF avant tout choix.

La fin progressive de l'ACRE pour les reconversions volontaires. L'exonération partielle de cotisations sociales pendant la première année n'est plus systématique. Les reconversions volontaires (départ négocié, démission) sont exclues, sauf cas particuliers. Vérifiez votre éligibilité avant de compter sur cet avantage.

La fin annoncée du PFU à 30 % sur les dividendes. Les débats parlementaires 2026 évoquent un retour possible au barème progressif de l'impôt sur le revenu pour les dividendes, ce qui dégraderait fortement l'avantage SASU. À surveiller..

Le récapitulatif pour décider rapidement

Trois règles simples pour synthétiser votre choix.

Choisissez la micro-entreprise si votre CA annuel sera inférieur à 83 600euros, si vous testez une activité en complément d'un autre revenu ou si vous démarrez sans visibilité claire. Statut le plus simple. Il n'offre aucune protection au chômage et devient pénalisant dès que les frais professionnels grimpent.

Choisissez la SASU si votre CA dépasse 100 000 euros par an de manière stable, si vous acceptez la gestion administrative et le coût d'un expert-comptable et si vous avez une vraie stratégie patrimoniale à long terme. C'est le statut qui optimise le mieux le net à condition d'avoir le volume.

Choisissez le portage salarial si vous voulez la simplicité totale, la sécurité du salariat, l'accès aux allocations chômage et un revenu net comparable à la SASU sans les contraintes administratives. C'est le compromis intelligent pour la grande majorité des consultants en prestation intellectuelle, particulièrement entre 50 000 et 150 000 euros de CA annuel.

Le bon statut n'est jamais celui qui maximise le net à court terme. C'est celui qui correspond à votre profil personnel, votre tolérance au risque et votre horizon professionnel. Une simulation personnalisée avec un expert vaut largement les comparatifs génériques qu'on trouve partout sur le web. Reste à passer à l'action.