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Les médias ont largement fait écho de la perte, certes attendue, du Triple A français dans le système de notation de Standard and Poor’s (S&P) dont les conséquences, dans un contexte récessif doublé d’une crise bancaire, pourraient transpirer sur l’économie réelle. Les principales retombées pourraient se manifester sur l’outil de protection européen (FESF et MES qui devrait être mis en place cette année), les collectivités locales, le coût des crédits et de la dette de l’Etat.
Le Fonds de secours européen
Cet outil censé venir en aide aux pays en difficulté comme l’Irlande, le Portugal ou la Grèce représente l’un des rares instruments capables de fournir les liquidités indispensables aux pays membres de la zone euro en crise de liquidités, ce qui est le cas pour les 3 pays cités ci-dessus qui ne peuvent plus faire appel aux marchés financiers pour se financer. Ce mécanisme a actuellement une force de frappe de 440 milliards d’euros depuis l’accord du 21 juillet dernier, à cela viennent s’ajouter les aides supplémentaires du FMI et de la Commission européenne, ce qui porte sa force de frappe opérationnelle à 750 milliards d’euros en faveur des 17 pays membres. En outre, le mécanisme bénéficie également d’un effet de levier, sans garanties financières supplémentaires, portant le montant à 1000 milliards d’euros depuis le 27 octobre dernier.
Pourquoi le Fonds Européen de Solidarité Financière (FESF) est-il dépendant des notations souveraines ?
Parce que les Etats membres ne financent pas directement le FESF avec de l’argent frais, mais ils contribuent sous forme de garantie, à l’image d’un garant dans le cas d’une location immobilière. Ainsi, le Fonds ne dispose pas physiquement des 1000 milliards d’euros mais il dispose d’une capacité d’emprunt équivalente à ce montant. La France et l’Allemagne sont les plus gros garants de ce mécanisme. La garantie française se monte par exemple à 160 milliards d’euros qui pourraient être débloqués, en partie, en cas de faillite d’un pays membre.
De ce fait, le FESF doit lui-même se financer sur les marchés par l’émission d’obligations, par exemple, avant de pouvoir prêter à son tour aux pays en difficulté. Ainsi, il pourra acheter des obligations directement aux Etats (sur le marché primaire), en contrepartie d’une garantie de réformes structurelles, ou acheter des obligations à des organismes financiers possédant les obligations des Etats (sur le marché secondaire), comme l’a fait à plusieurs reprises la BCE (Banque Centrale Européenne), ce qui permet de soulager les banques par exemple d’actifs risqués et de réguler les taux d’intérêt des pays.
Le FESF étant emprunteur et préteur, il est lui-même soumis à une note de crédit attribuée par les agences de notation. Si les garants perdent leur crédibilité, sans intervention, cela se répercutera mécaniquement sur la note du Fonds lui-même et donc sur les taux d’intérêt exigés sur les marchés, ce qui augmentera évidemment le coût des aides aux Etats membres et fragilisera le mécanisme d’aide.
Les collectivités locales
La note de crédit d’un pays sert généralement de référence à de nombreuses structures, soit parce qu’elles possèdent en masse des dettes de son pays comme les banques ou les entreprises, soit parce qu’elles sont structurellement ou administrativement rattachées au pays, ce qui est le cas d’une collectivité locale comme la ville de Paris ou la région Ile-de-France, actuellement en Triple A. Or, ces collectivités pourront difficilement avoir une meilleure note que le pays puisqu’elles sont en partie dépendantes financièrement de l’Etat.
Dans le cas d’une dégradation de leur note, leurs taux d’emprunts, soumis à la loi des marchés (l’offre et la demande), pourraient grimper sous la pression des créanciers, plus prudents. L’une des premières conséquences pourrait être la hausse de la fiscalité locale.
Le coût du crédit
Il en va de même pour les établissements bancaires en étroite corrélation avec la note du pays. Si les banques empruntent à des coûts plus élevés, il n’est pas à exclure qu’elles répercutent la hausse de leurs emprunts directement sur leurs clients. Néanmoins, le marché des crédits est très concurrentiel, ce qui pourrait contraindre les établissements bancaires à réduire leur marge sans rehausser le coût des crédits pour garder leur part de marché, selon Alexandre Delaigue, professeur d’économie à Saint-Cyr.
Le coût de la dette de l’Etat
C’est évidemment ce dernier point que sera particulièrement surveillé par les investisseurs, créanciers du pays et d’une manière générale par tous car si le coût des emprunts augmente continuellement, il pourrait directement influencer les finances de l’Etat et par effet de domino (taxes, impôts, contributions, etc.) le pouvoir d’achat des consommateurs. A l’inverse et comme le suggèrent les marchés financiers et notamment les marchés obligataires qui ont été somme toute très peu influencés par la dégradation de S&P (la France a émis lundi 16 janvier 8,5 milliards de dettes à court terme avec un taux en baisse et une forte demande), si les coûts d’emprunts intégraient déjà le déclassement de la note souveraine, les conséquences seraient négligeables et imperceptibles. Rappelons pour information que les Etats-Unis ont perdu leur Triple A en août dernier, leurs taux longs sont malgré tout en baisse actuellement. Autre exemple, la Nouvelle-Zélande a perdu son AAA le 30 septembre dernier. Après une courte flambée de ses taux, ces derniers sont redescendus sous ses niveaux d’avant la dégradation. Bref, tous les espoirs sont permis…
Thierry Lou
cours sur la bourse
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